Nordresa, un intégrateur de composants électriques spécialisé dans les véhicules commerciaux, est passé aux mains de Dana, spécialiste américain de la motorisation électrique.

Passée en douce à la fin d’août, l’acquisition de l’intégrateur lavallois Nordresa par le spécialiste américain de la motorisation électrique Dana a des airs de mauvaise nouvelle pour cette industrie encore émergente, au Québec. Mais c’est tout le contraire, assurent les principaux acteurs derrière cette transaction.

ALAIN MCKENNA
COLLABORATION SPÉCIALE

Dana inc. est un équipementier de l’Ohio coté en Bourse qui compte 176 usines, réparties dans 33 pays. En juin 2018, il a allongé 165 millions de dollars afin de devenir l’actionnaire de contrôle du fabricant québécois TM4, bien connu pour son moteur-roue. Le mois dernier, Dana a remis ça en bouclant le rachat de Nordresa, un intégrateur de composants électriques spécialisé dans les véhicules commerciaux, situé à Laval. Le montant de ce rachat n’a pas été divulgué.

Dana faisait déjà affaire avec Nordresa depuis un an. Ce geste lui donne accès à une technologie d’électrification promise à un bel avenir, et l’entreprise acquiert en prime une expertise somme toute assez rare pour convertir des véhicules commerciaux de tout genre en véhicules électriques.

À Laval, on se réjouit de cette transaction et on assure que contrairement à ce qui a été publié dans certains médias, elle ne réduira pas le rôle que peut jouer l’entreprise dans cette industrie encore émergente. « Depuis l’an dernier, les revenus ont grimpé de 40 % pour TM4, et ils ont créé 30 emplois à Boucherville. On espère la même chose pour nous. On ne prévoit aucune perte d’expertise au Québec, c’est l’inverse, on cherche à ajouter des gens à notre équipe en ce moment même », indique Sylvain Castonguay, président de Nordresa.

En fait, notre position au sein de Dana sera très enviable. On répond directement au patron de la division des véhicules commerciaux, on pourra influencer toute la stratégie de l’entreprise.

Sylvain Castonguay, président de Nordresa

Pour Dana, cette transaction complète un portfolio lié à la motorisation électrique pour véhicules commerciaux qui se présentera désormais comme une solution tout-en-un pour les grands fabricants, comme Peterbilt ou Kenworth, entre autres. « L’industrie en est à des stades différents de développement. L’acquisition de Nordresa nous permettra désormais d’offrir à nos clients une solution complète pour intégrer des systèmes électriques à leurs véhicules », peu importe où ils en sont dans leur développement, explique James Kamsickas, PDG de Dana.

De Laval à Pékin, il n’y a qu’un pas…

Comparativement au marché des véhicules pour passagers, le marché des véhicules commerciaux a pris un peu plus de temps à s’électrifier, mais le mouvement semble désormais officiellement amorcé. La firme Research and Markets estime que le nombre de véhicules électriques dans le monde va être multiplié par huit d’ici 2030, et que la croissance sera plus forte dans le créneau des véhicules commerciaux.

Ce virage majeur aura principalement lieu en Asie, indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’organisme estime à environ 5,4 millions le nombre de véhicules électriques sur les routes dans le monde, mais les camions commerciaux et les autobus représentent moins de 10 % de ce total. Au sein de Dana, TM4 et Nordresa se dotent d’un accès à ce marché qui aurait été beaucoup plus complexe à rejoindre autrement, assure M. Castonguay.

« Le secteur automobile, le marché des véhicules commerciaux et des véhicules électriques, ce sont des industries de géants. Ça part peut-être de petits joueurs, mais ça passe par les plus gros, pour avoir le capital et l’accès au marché mondial. À travers Dana, on va se rapprocher de TM4 et on pourra nous aussi commencer à commercialiser notre expertise au niveau mondial. On se donne les moyens de nos ambitions », conclut l’homme d’affaires lavallois.