Une révolution entrepreneuriale à réaliser avec les 50 ans et plus !
Face au manque de relève entrepreneuriale et au gaspillage de l'expertise des 50 ans et plus, un appel à mettre l'expérience des gestionnaires seniors au service des jeunes entrepreneurs du Québec.
Par Thu-Hà Tô, Bac. Adm., M.B.A. (Evatec Consultants Ltd) — publié par Cyberpresse (Le Soleil), le 23 mai 2011.
Toutes mes félicitations Denise (Filiatrault) pour vos 80 ans et vos réalisations exceptionnelles ! Vous et Mme Jeannette Bertrand êtes des modèles pour nous tous. Des modèles pour les gens matures qui vivent des transitions de carrière. C'est tout un combat de se faire une place dans une société qui vénère la jeunesse et qui a tendance à rejeter les personnes de plus de 50 ans, notamment sur le marché du travail.
Heureusement, les mentalités commencent à changer en raison de la raréfaction de la main-d'œuvre qualifiée. Cette pénurie a été causée en partie par des mises à la retraite massives des 10-20 dernières années, notamment dans les secteurs de la santé et de l'éducation.
Et voilà qu'au Québec, nous allons devoir faire face à tout un défi en raison d'abord d'un manque criant de relève et d'expertise en entrepreneurship. Tout cela, pendant qu'il y a un gaspillage inconscient des expertises en gestion disponibles, notamment parmi les travailleurs (professionnels et gestionnaires) ayant plus de 50 ans.
Selon un sondage récent de la Fondation de l'entrepreneurship, seulement 7 % des Québécois pensent se lancer en affaires alors que 11 % des Canadiens y pensent. « C'est une situation qui risque de devenir grave, avec les besoins de relève qu'on a », estime Alain Aubut, le président-directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship.
Un déficit important
À mesure que les entrepreneurs actuels vieillissent et que les besoins de relève augmentent, le manque d'enthousiasme des Québécois pour l'entrepreneurship est un problème, selon la Fondation, qui estime qu'entre les entreprises qui seront fermées et vendues et les nouvelles qui apparaîtront, un déficit important d'entrepreneurs apparaîtra au Québec. La croissance économique pourrait en souffrir, « parce que ce qui génère la croissance, ce sont les PME ».
Certes, le Québec peut compter sur plus de jeunes qui en sont à leur première expérience entrepreneuriale (83 % des entrepreneurs en création d'une première entreprise sont des jeunes, par rapport à 53 % pour ceux du reste du Canada), une donnée positive découlant des impacts du Défi de l'entrepreneuriat jeunesse. Il s'agit cependant d'un entrepreneuriat par définition inexpérimenté. Nos jeunes entrepreneurs sont talentueux et créatifs et doivent pouvoir compter sur un accompagnement accru. Le milieu des affaires a donc un rôle crucial à jouer dans cette « révolution entrepreneuriale ».
D'une part, les jeunes entrepreneurs qui ont la responsabilité de bâtir leur entreprise n'ont pas toutes les expertises pour assumer pleinement le rôle d'entrepreneurs et celui d'être parents de jeunes enfants en même temps.
D'autre part, les gestionnaires et professionnels de la gestion ayant plus de 50 ans ont de la difficulté à se faire embaucher dans les entreprises à cause d'un certain préjugé dû à leur âge, et aussi en raison de leur besoin de travailler à temps partiel. Les entreprises ne sont pas prêtes à accueillir des employés à temps partiel, sauf quelques exceptions telles que RONA et les firmes de planification financière et d'assurance.
Or, selon les études récentes de Services Canada, la population âgée de 45 à 64 ans représentera presque 50 % de la population active en 2015. C'est dans quatre ans seulement ! Pendant ce temps-là, le recrutement des jeunes travailleurs devient plus difficile puisque les employeurs se font concurrence pour un nombre réduit de candidats. Les études révèlent aussi que la plupart des employeurs ne ciblent pas les travailleurs âgés pour occuper leurs postes vacants.
Sensibilisation et incitatifs
C'est pourtant la solution pour la majorité des entreprises en manque de ressources qualifiées. Cela prendrait peut-être de la sensibilisation auprès des entreprises et des institutions gouvernementales. Ou encore, il faudrait des mesures incitatives pour que l'embauche des travailleurs âgés fasse partie de la culture d'entreprise en matière de recrutement du personnel.
C'est une des raisons qui expliquent que les travailleurs autonomes deviennent de plus en plus nombreux et que des associations de travailleurs autonomes se sont formées pour répondre à leurs besoins spécifiques.
Ayant accumulé de multiples expériences professionnelles et du vécu, la grande majorité des gens de plus de 50 ans sont en pleine santé aujourd'hui et ont de la vitalité et de l'énergie. Leur motivation pour travailler est la valorisation, le fait d'avoir un salaire, de se sentir utiles, de rendre service aux jeunes et à la société et, ultimement, de donner un sens à leur vie.
Or, nous savons que ce sont surtout les PME qui créent de l'emploi année après année. Mais ces emplois se perdent aussi, car la majorité (75 %) des entreprises ne sont pas capables de survivre au-delà de cinq ans d'existence. Ce chiffre traduit la réalité de l'entrepreneurship du Québec, qui est composé majoritairement de jeunes (85 %), donc peu outillés pour faire face aux nombreux défis de l'entrepreneurship.
Ils ont besoin d'être accompagnés et guidés par les experts en gestion, soit par des pré-retraités et retraités en gestion, dont les expériences et expertises sont pour l'instant gaspillées. Le recyclage et la réutilisation des ressources humaines sont aussi importants, sinon plus, que le recyclage et la réutilisation des biens, pour éviter le gaspillage et optimiser l'utilisation des ressources disponibles. Il n'y a pas de programmes gouvernementaux pour identifier et aider les experts en gestion de plus de 50 ans encore disponibles, en santé et intéressés à venir en aide à la jeune génération d'entrepreneurs.
Des ressources « périssables » !
La situation est urgente, car cette ressource humaine si précieuse composée d'experts en gestion est périssable si on ne l'utilise pas. Imaginez des professionnels, des gestionnaires et des experts en gestion qui ne travaillent pas pendant 3, 5 ou 10 ans. Non seulement certains d'entre eux ne seraient plus à jour dans les technologies de gestion, mais les lois commerciales auront changé et les techniques de commercialisation auront de même continué d'évoluer (site web, réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, LinkedIn, etc.).
De plus, la santé des experts risque aussi de se détériorer avec le temps. Ils deviendraient rapidement une charge supplémentaire pour la société. Il est urgent d'agir pour aider ceux et celles qui veulent encore continuer de travailler, pour se rendre utiles aux jeunes entrepreneurs et à la société, et surtout pour garder leur dignité le plus longtemps possible et, surtout, donner un sens à leur vie…
Mieux vaut prévenir que guérir. Agissons quand il est encore temps d'agir, avant que ce soit trop tard.
Thu-Hà Tô, Bac. Adm., M.B.A. — Evatec Consultants Ltd, Brossard.
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