Alliance stratégique avec les immigrants pour faciliter la réussite du commerce international et accélérer la croissance économique du Québec
Comment mieux utiliser les ressources humaines qualifiées des communautés culturelles pour dynamiser le commerce international et la croissance économique du Québec : constats, propositions et mesures concrètes.
Par Thu-Hà Tô Nguyen (Hydro-Québec) — article publié dans La Presse.
Contexte
Selon les statistiques officielles du Québec, les membres des communautés culturelles représentent 8 % de la population alors qu'ils ne sont que 2 % des employés dans la fonction publique du Québec. À la ville de Montréal, leur représentation est de 20 % à 40 % selon les arrondissements, mais elle n'est que de 2 % à 5 % selon les corps de métier de la ville de Montréal. De plus, on constate que le taux de chômage des membres de minorités visibles est 2 fois plus élevé (22 %) que celui de l'ensemble de la population active du Québec (11 %).
Monsieur Jean Charest, le Premier Ministre du Québec, a dit au début de 2004, dans le cadre de la modernisation de l'État, que le Québec devrait renouveler la fonction publique et intégrer les minorités visibles. Et Madame Michelle Courchesne, la Ministre des Relations avec les citoyens et de l'immigration, a élaboré un plan d'action en matière d'immigration 2004-2007.
Le Maire de Montréal, M. Gérald Tremblay, a promis d'embaucher 1000 employés appartenant aux membres des minorités visibles il y a 2 ans lors de la campagne électorale et il a reconfirmé cette promesse le 21 septembre dernier.
« Le Programme incitatif d'Accès à l'Égalité (PAE), implanté dans la fonction publique à l'intention des communautés culturelles depuis 1990, n'a pas fait augmenter leur représentation au sein des effectifs de la fonction publique » — Monsieur Robert Perreault, Ministre des relations avec les citoyens et de l'immigration en 1999.
Monsieur Lucien Bouchard a déclaré au discours inaugural de 1999 que : « la sous-représentation des Québécois d'origines diverses dans la fonction publique est inacceptable et nous devons y remédier ».
Problématique
Nous avons constaté qu'il y a effectivement une volonté politique des différents paliers gouvernementaux d'améliorer la situation des citoyens venus d'ailleurs et que la situation de sous-employabilité est très sérieuse pour les membres des communautés culturelles, et plus particulièrement pour les immigrants professionnels (pour les immigrants de la 1re, même de la 2e et de la 3e génération) selon les statistiques recueillies par le Conseil des relations interculturelles.
Il faudrait trouver des pistes de solutions et des mesures plus concrètes afin de mieux utiliser cette manne de ressources humaines qualifiées et gratuites qui arrivent au Québec — en moyenne 10 000 à 20 000 candidats de 1999 à 2003 — alors que le Québec manque de main-d'œuvre qualifiée dans certains secteurs de l'économie, notamment dans les domaines de la santé, de l'éducation, du commerce international, des sciences et des technologies.
Avantage d'embaucher des personnes provenant des communautés culturelles
Ce sont des employés dynamiques, qualifiés et travaillants, ayant une bonne formation et des connaissances de langues et de cultures ainsi que des réseaux de contacts d'affaires de leur pays d'origine, favorisant ainsi le commerce international et la communication avec des partenaires d'affaires étrangers.
À l'heure de la mondialisation de l'économie, il est opportun d'utiliser cette ressource disponible sur le territoire du Québec afin de faciliter la réussite du commerce international, d'accélérer la croissance économique du Québec et de créer des alliances stratégiques avec les immigrants venus de partout dans le monde.
Proposition de solutions
Suite à la lecture des documents relatifs à l'immigration du Québec et à la consultation de personnes concernées, je propose de réunir les représentants des organismes qui ont l'expertise et l'autorité d'embauche des employés, et plus particulièrement des immigrants professionnels et des membres de minorités visibles : la fonction publique fédérale et provinciale et les villes où la présence des membres des communautés culturelles est importante, telles que Montréal, Longueuil, Brossard, Laval, Saint-Laurent, etc.
Cette rencontre permettrait d'identifier des pistes de solutions et de mesures, et/ou des paramètres d'une loi favorisant l'embauche des immigrants professionnels, leur permettant ainsi d'intégrer rapidement la société d'accueil dans les organismes publics et parapublics ainsi que dans les entreprises de la couronne qui ont les moyens et les ressources pour démarrer ce programme d'accès à l'emploi pour les membres de minorités visibles et les immigrants professionnels, avec des objectifs de pourcentage à atteindre :
- 4 % des employés en 2005
- 6 % des employés en 2006
- 8 % des employés en 2007
Proposition de la liste des organismes (rencontre en janvier-mars 2005)
Les représentants des organismes suivants pourraient contribuer à proposer des mesures concrètes permettant d'apporter des solutions réalistes et applicables rapidement :
- Villes : Montréal, Longueuil, Brossard, Laval, Saint-Laurent
- Ministères : MRCI, MICST, MAI
- Développement des ressources humaines du Canada
- Conseil des relations interculturelles
- Commission des droits de la personne
- Conseil du trésor du Québec
- SPCUM
- Emploi-Québec
- CAMO
- Banque de développement du Canada
- Entreprises favorables à l'embauche des minorités visibles (ex. : Bombardier, Banque Royale, Banque Nationale, Caisse populaire Desjardins, Villes de Longueuil et de Brossard, Hydro-Québec, Bell)
- Chambres de commerce : Montréal, Rive-Sud, Laval, Saint-Laurent
Mesures proposées
- Promouvoir et sensibiliser les publics cibles (organismes publics et parapublics et grandes entreprises) sur les avantages d'embaucher des candidats immigrants professionnels, notamment pour aider au développement des affaires internationales dans le contexte de mondialisation de l'économie.
- Loi favorisant l'octroi des contrats gouvernementaux aux entreprises ayant embauché des candidats Immigrants Professionnels des Minorités Visibles (IPMV).
- Crédit d'impôt aux entreprises ayant embauché des candidats IPMV.
- Aide financière aux entreprises qui collaborent à cette loi, ex. : subvention de 50 % des salaires pendant les 26 premiers mois, 25 % pendant les 26 mois suivants, pour aider à l'intégration et à la formation des nouveaux IPMV.
- Loi exigeant l'embauche de 15 % à 20 % d'IPMV sur l'ensemble des candidats embauchés au cours d'une année, avec des prélèvements automatiques du montant équivalent aux salaires que l'organisme public ou l'entreprise aurait payés, pour contribuer à l'application de cette loi relative à l'accès à l'emploi des IPMV. Ex. : la Loi sur la formation continue des employés dans les PME du Québec.
Thu-Hà Tô, M.B.A. — Brossard, le 8 novembre 1995.
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