Stéphane Baillargeon et Alexandre Shields

28 septembre 2019

Une marée humaine. Une mobilisation d’une ampleur historique au Canada.. Selon l’organisation de la manifestation, ils étaient près de 500 000 dans les rues de Montréal vendredi, dont une très forte majorité de jeunes, à réclamer une stratégie efficace de lutte contre la crise climatique, mais aussi à dénoncer sans détour l’inaction environnementale des gouvernements. Un discours repris par la militante Greta Thunberg, figure marquante de cette journée de manifestation.

« Nous sommes 500 000 à dire à nos gouvernements que c’est assez », a lancé, à la fin de la marche, le porte-parole du collectif La Planète s’invite au Parlement, François Geoffroy, qui a coordonné l’organisation de cette première grève climatique de l’histoire du pays. « On veut une loi pour nous obliger à réduire nos émissions de gaz à effet de serre et on veut un plan pour en finir avec le pétrole et le gaz », a-t-il ajouté, en reprenant les revendications phares du collectif.

Revoyez notre couverture en direct de la marche pour le climat

Les propos de M. Geoffroy ont été chaudement applaudis par la foule, très imposante, qui était massée à la fin du parcours de la manifestation pour le climat, en plein coeur du centre-ville de Montréal. Mais ce ne sont pas tous les manifestants qui ont pu entendre les discours, puisque le cortège s’étirait alors sur près de cinq kilomètres, soit jusqu’au point de départ de la manifestation.

Les organisateurs, qui attendaient au départ au moins 300 000 personnes, ont indiqué à la fin de la journée que « près d’un demi-million de personnes » ont finalement pris part à l’événement, ce qui en ferait la plus importante mobilisation à caractère environnemental de l’histoire canadienne. Les forces de l’ordre, bien présentes tout le long du parcours vendredi, n’ont pas fourni d’estimation de la foule.

La manifestation, qui s’est déroulée de façon pacifique, a surtout été le fait de jeunes venus de Montréal et d’ailleurs pour réclamer une véritable stratégie climatique de la part des gouvernements du Québec et du Canada, qui ont systématiquement raté les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixées au fil du temps.

« Je suis là pour montrer que la population veut que les choses changent et qu’il est temps de prendre des actions concrètes. Ça suffit de se faire dire des niaiseries comme que le troisième lien, à Québec, est un projet vert. On en a ras-le-bol de toutes ces fausses paroles creuses », a résumé l’un d’entre eux, François Gauvin-Gendreau, étudiant à Polytechnique Montréal.

Des têtes grises émergeaient par ailleurs dans la foule, dont celle de Judith Berlyn. Celle-ci a été conscientisée aux problèmes environnementaux par un de ses fils, Malcolm, au début des années 1980. « Il m’a expliqué il y a longtemps, quand il avait 19 ans, en 1983, qu’on détruisait la planète et qu’on allait laisser en héritage un monde ni bon, ni juste », dit-elle pour expliquer son engagement. Elle et son mari ont marché pendant 4 heures. Malcolm était ailleurs dans la manif avec ses deux enfants. « Il angoisse beaucoup pour eux. Moi aussi », dit la mère devenue grand-mère.

 Ça suffit de se faire dire des niaiseries comme que le troisième lien, à Québec, est un projet vert

— François Gauvin-Gendreau

Tout au long de cette marche, qui comptait beaucoup de parents venus avec leurs enfants, d’artistes et d’élus, on a pu apercevoir des pancartes diverses dont les slogans oscillaient entre l’humour et l’expression du désespoir. Il y avait notamment des références à des phrases célèbres (Vert l’infini et plus loin encore ; Maman, t’as raté ma planète ; Terre et mer tu honoreras), des formules créatives (Make the world Greta, Les calottes sont cuites, J’aime les licornes mais elles ne sauveront pas la planète) et des slogans plus abrasifs (Non au suicide collectif, « Ce qui risque d’arriver a déjà commencé et Ne brûlez pas notre futur).

Un groupe de manifestants a également dénoncé, avec une grande maquette de navire méthanier et de gazoduc, le projet d’usine de liquéfaction de gaz albertain Énergie Saguenay. Plusieurs manifestants ont par ailleurs repris des paroles prononcées par la militante climatique Greta Thunberg, dont le « Comment osez-vous » lancé lundi aux dirigeants politiques réunis au Sommet Action Climat de l’ONU.

Greta Thunberg

Cette dernière, qui avait souligné en avant-midi que le gouvernement du Canada « n’en fait pas assez » pour lutter contre les bouleversements climatiques, a d’ailleurs été très chaudement applaudie au moment de s’adresser aux manifestants, à la fin du parcours. « Vous êtes une nation qui pourrait être un leader climatique, mais ça ne veut absolument rien dire, parce que ce sont des paroles vides de sens. Et les politiques nécessaires ne sont toujours pas en vue », a-t-elle affirmé d’entrée de jeu.

Elle a ensuite répondu à ceux qui critiquent ouvertement les jeunes qui se mobilisent pour le climat. « Les adultes nous disent que nous perdons notre temps. Mais en fait nous changeons le monde. Nous sommes le changement et le changement arrive », a insisté Greta Thunberg.

« Nous ne mettons pas de l’avant notre opinion ou une vision politique. La question climatique et la crise environnementale dépassent les considérations politiques. Ce que nous disons est basé sur la meilleure science climatique disponible », a-t-elle ajouté, avant de citer, références à l’appui, le plus récent rapport du GIEC.

 Nous sommes le changement et le changement arrive

— Greta Thunberg

La Suédoise à l’origine du mouvement mondial de grèves scolaires pour le climat a aussi invité les jeunes à poursuivre leurs actions, tout en lançant un avertissement aux décideurs politiques. « Nous ne cesserons jamais de nous battre pour le droit de vivre sur une planète habitable et pour notre droit à un avenir. Nous ferons tout en notre pouvoir pour éviter que cette crise empire. Si les gens qui détiennent le pouvoir ne prennent pas leurs responsabilités, nous le ferons. »

Source: LeDevoir